Conférence d’avril : IA, agriculture et biodiversité
La conférence IA Dijilink d’avril, qui s’est déroulé à la Maison de Quartier l’Archipel, a mis en lumière une réalité bien installée sur le terrain dans des secteurs aussi variés que l’agriculture et la conservation de la nature : l’intelligence artificielle. Elle s’impose déjà comme un outil concret, mis à l’œuvre sur le terrain.
Pour l’illustrer, deux enseignants-chercheurs de l’Institut Agro Dijon ont pris la parole : la Dr Christelle Gée, enseignante-chercheuse et Dr. Emmanuel Denimal, chef de projet à l’appui à la recherche en science des données. Tous deux ont présenté des applications réelles de l’IA issues de leurs travaux de recherche, démontrant comment ces technologies transforment des pratiques jusqu’ici laborieuses, coûteuses ou imprécises.
L'IA au cœur des enjeux écologiques modernes


Suivre et préserver les espèces grâce à l’IA
Le premier exemple, présenté par Dr. Emmanuel Denimal, transporte l’audience dans les alpages du Parc naturel régional du Vercors, habitat du tétras lyre, une espèce d’oiseau de montagne classée « quasi-menacée » en France. Surveiller l’évolution de ses populations est nécessaire pour orienter les actions de conservation, mais c’est un défi logistique de taille : les pièges photographiques installés sur les aires de parade génèrent environ 12 000 images par an par piège, dans des conditions très variables (météo changeante, cycle jour/nuit, images en couleur ou en infrarouge, et surtout des oiseaux dont la taille à l’image peut varier selon leur distance à l’objectif). Jusqu’à présent, chercheurs et agents du parc devaient analyser manuellement ces milliers de clichés pour détecter les tétras lyre.
L’équipe de l’Institut Agro Dijon, en collaboration avec le Parc du Vercors, a développé et entraîné un système automatisé capable de détecter les oiseaux quelle que soit leur taille dans l’image, grâce à un découpage intelligent des clichés et à des techniques d’enrichissement des données d’entraînement. Le résultat est impressionnant : un taux de détection de 97 %, pour un temps de traitement de moins de 2 secondes par image. Ce qui prenait des semaines peut désormais être réalisé en quelques heures.


Détecter les mauvaises herbes pour pulvériser moins et mieux
Le deuxième cas d’usage, présenté par la Professeure Christelle Gée, porte sur la gestion des plantes indésirables qui concurrencent les cultures. Aujourd’hui, la pratique la plus répandue consiste à pulvériser les traitements sur l’ensemble d’une parcelle, qu’elle soit ou non infestée, ce qui engendre des coûts élevés et des impacts négatifs sur l’environnement. Désormais, grâce à des algorithmes d’apprentissage profond entraînés sur des milliers d’images, il est possible de détecter automatiquement les zones concernées et de cibler les traitements uniquement là où ils sont nécessaires. Toutefois, ces nouvelles solutions actuellement disponibles sur le marché sont très onéreuses et difficilement accessibles pour de nombreux agriculteurs.
L’idée de l’équipe de Christelle Gée est donc de créer une IA à utiliser sur de simples caméra Go Pro et qui serait capable détecter les mauvaises herbes pour une pulvérisation ciblée.
Ces travaux sont actuellement développés en partenariat avec l’industrie afin de réduire le coût des machines agricoles et les rendre plus accessibles aux agriculteurs. Au-delà des économies financières pour l’agriculteur, c’est toute une chaîne de bénéfices environnementaux qui s’enclenche : moins de résidus dans les sols et les eaux, moins de pression sur les organismes non-cibles, et une meilleure préservation de la flore naturelle en bordure de parcelles.
L'IA, un outil au service d'une agriculture et d'une écologie plus durables
Ces deux exemples, aussi différents soient-ils dans leur contexte, partagent une même philosophie : utiliser l’intelligence artificielle non pour remplacer l’expertise humaine, mais pour l’augmenter et la rendre plus efficace. Dans les deux cas, c’est la capacité de l’IA à analyser des volumes massifs de données visuelles qui fait toute la différence.
Les perspectives sont vastes. En agriculture, on peut imaginer des systèmes IA capables de détecter précocement les maladies des plantes ou encore d’optimiser la fertilisation à l’échelle de la parcelle. En écologie, les applications vont du comptage d’espèces à l’analyse de leur comportement, du suivi des migrations à la cartographie des habitats.
La prochaine conférence IA aura lieu le 21 mai de 19h30 à 21h à l’Espace Baudelaire (27 avenue Charles Baudelaire). Intitulée : « L’Intelligence Artificielle au service de l’humain ? » et proposera de nouvelles perspectives sur les usages de l’IA dans nos sociétés.
